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29 juillet 2011

COTE D'IVOIRE : LA BALANCE ENTREPRENEURIALE HOMMES-FEMMES

DRAPEAU CI.jpgaffaires 9.jpgAujourd’hui, les femmes ivoiriennes sont de plus en plus présentes dans la vie économique du pays. De tout temps, elles ont participé au soutien économique de leur famille et de leur communauté soit par leur travail formel ou informel principalement le travail agricole ou le commerce.

Mais depuis quelques années, elles sont de plus en plus nombreuses à investir dans la création d’entreprise ou à développer une activité économique rémunératrice.

Cependant, Plusieurs de ses choix sont guidés par sa position dans la société et par le type d’infrastructure que la société met à sa disposition. De ce fait les femmes ivoiriennes ne disposent pas des mêmes chances que les hommes.

La mission liée à la reproduction demeure leur principale responsabilité et représente une contrainte importante par rapport à leur disponibilité.

Aussi, la socialisation des filles ne contribue pas à développer leur confiance en elles, leur autonomie, leur sens du risque et leur goût de l’innovation : des aptitudes pourtant nécessaires chez tout individu qui souhaite développer et gérer sa propre entreprise.
Il existe donc certaines contraintes socioculturelles à l’entrepreneuriat féminin en Côte d’Ivoire, mais la plupart de ces contraintes ne sont pas insurmontables.
Les hommes sont majoritairement les entrepreneurs de Côte d’Ivoire. Cette inégalité peut être expliquée par différents variables.
Nous savons tous que pour entreprendre, il faut cumuler des qualités, des compétences, des motivations, des exemples et des ressources en qualité et quantité suffisantes pour franchir toute une série d’obstacles.

Si les femmes sont moins nombreuses que les hommes à aller jusqu’au bout, c’est sans doute que le rapport entre les facteurs positifs (qualités…) et les facteurs négatifs (obstacles) n’est pas le même pour elles que pour les hommes.
Les premiers facteurs agiraient plus faiblement et les seconds plus fortement.
La balance est donc faussée au départ entre homme et femme.

Mais quelle est la nature des opportunités et des obstacles que représente l’environnement (dans son sens large) et qui façonnent l’esprit d’entreprise des femmes ivoiriennes ?


femme ci 5.jpgLA FEMME ENTREPRENEUR EN COTE D’IVOIRE

Contrairement à ce qu’on peut remarquer dans les pays de l’Afrique subsaharienne, les femmes entrepreneurs sont peu nombreuses. En Côte d’Ivoire environs 15% des créateurs d’entreprise sont des femmes.

Mais cette proportion masque la réalité de la dynamique entrepreneuriale féminine, principalement à cause du poids de l’informel.

Ce que nous constatons, en Côte d’Ivoire, c’est que la définition de l’entrepreneuriat féminin dépend grandement de la reconnaissance des secteurs et activités économiques dans lesquels les femmes s’investissent.
Certains ne considèrent que les entreprises du secteur formel, ce qui limite considérablement le nombre de femmes qui peuvent être considérées comme entrepreneurs puisque une grande majorité d’entre elles sont présentes dans le secteur informel.

La femme entrepreneur ivoirienne est soit un travailleur indépendant ou un employeur.
- L’employeur : il dispose d’au moins d’un salarié. Le taux de la féminisation de cette catégorie n’est que de 15% du total des employeurs dans le milieu urbain.
- Le travailleur indépendant : il travaille au sein de sa propre entreprise sans salarié, le taux de féminisation de cette catégorie atteint 85% de la population féminine active. La grande majorité de cette catégorie exerce dans le secteur de l’agriculture et du commerce.

LE PROFIL DES FEMMES ENTREPRENEURS EN COTE D’IVOIRE

L’âge
Des études américaines indiquent que l’âge moyen des entrepreneurs (en général) se situe entre 25 et 40 ans.
En Europe, la situation est assez différente en France par exemple les femmes de 25 à 49 ans étaient à 80% actives en 1999, contre 41,5% en 1962. L’importance de cette variable réside dans son influence sur le parcours entrepreneurial des femmes.
En Côte d’Ivoire, cette variable (l’âge) dépend grandement du contexte socioculturel auquel appartient la femme.
La maturité d’entreprendre est atteinte vers l’âge de 35 à 45 ans, du fait que la femme à eu assez de temps pour accumuler des habilités et des expériences nouvelles. Au fait c’est la combinaison de la variable d’âge et d’expérience qui favorise la décision d’entreprendre.
Ainsi on peut constater que la tendance d’âge des femmes entrepreneurs en Côte d’Ivoire est entre 35 et 50 ans, une tendance qui est presque similaires à celle des femmes dirigeantes des entreprises.

La formation
Concernant le volet de la formation tant pour la qualité du produit, les techniques de vente, le marketing, la tenue des comptes de l’entreprise, des outils de gestion et de la comptabilité, la promotion des activités génératrices de revenus, etc.… un rapport sur l’entrepreneuriat féminin en Afrique subsaharien (ATOL. 1997) souligne que les bagages dont disposent les femmes pour faire fonctionner leurs entreprises ou leurs activités sont très insuffisants, et cela pour plusieurs raisons. Les femmes ont moins de ressources économiques notamment, financières et humaines. Par ailleurs, elles manquent dans la plupart des cas, d’éducation scolaire de base et de formation professionnelle.

Pour le cas ivoirien, nous observons deux aspects :
- Les femmes chef d’entreprises et les femmes créatrices d’entreprises se caractérisent par un niveau d’éducation élevé. Plus des 2/3 ont une formation universitaire.
- Les femmes à la tête de très petites structures, notamment dans le commerce sont relativement moins instruites.

Situation familiale
Une bonne partie de la littérature soutient qu’un pourcentage élevé d’entrepreneurs descend de père lui-même entrepreneur. Il est donc admis que ce lien filial devrait expliquer le désir d’entreprendre plus tard.
D’autres auteurs affirment que le fait d’avoir des parents entrepreneurs ou artisans donne aux enfants le goût d’entreprendre.
Une première trajectoire se caractérise par la continuité. Cette continuité peut puiser, comme à l’évidence, dans la tradition familiale qui date parfois de plusieurs générations.
D’autres ont repris du fait des circonstances, une activité conduite par leur mari, activités dans laquelle elles se sont progressivement investies.
Par contre, il existe une forte progression de femmes qui créent sans un entourage incitatif ; c'est-à-dire aucun créateur d’entreprise ni dans leur famille ni dans leur entourage.

Cependant, presque toutes les recherches et les observations ont un consensus : que se soit en Côte d’Ivoire ou partout dans le mode, avoir un parent entrepreneur a une influence sur le choix de la création d’entreprise de la femme. Mais l’occupation parentale n’est qu’un des facteurs familiaux qui influence la création d’entreprise : les attentes familiales constituent également un autre facteur. En particulier, l’attitude positive envers la prise de responsabilité est également corrélée au choix de l’entrepreneuriat. Dans ce cas, la position d’aîné dans une famille devrait jouer un rôle important.

Un autre aspect de l’influence familiale est le statut matrimonial. Il joue un rôle important dans la prise de décision d’entreprendre aussi bien que le développement et la pérennité de l’entreprise crée. La plus part des recherches faites ce niveau montre que la majorité des hommes entrepreneurs sont mariés et le mariage joue un rôle stabilisateur dans leur métier. La situation est beaucoup plus controversée au niveau des femmes entrepreneurs. Le mari peut constituer soit un frein, soit un stimulateur pour la création d’entreprise. Le rôle stabilisateur semble moins vérifié pour la femme que pour l’homme.
Dans le cas ivoirien, on constate que généralement les femmes sont mariées (mariage civil comme traditionnel), les femmes créatrices et chefs d’entreprises ont dans leur très grande majorité des enfants à charge, le plus souvent 2 à 4 enfants.

L’expérience
Sur le plan de l’expérience, les différences entre les hommes et les femmes entrepreneurs sont grandes.
Les femmes créatrices et chefs d’entreprises ont dans leur très majorité une expérience professionnelle antérieure.
- le plus souvent dans l’entreprise privée, ou elles occupaient des postes d’encadrement ou de direction.
- Une proportion non négligeable de femmes chefs d’entreprises a créé leurs entreprises après la fin de leurs études.
La décision de la création d’une nouvelle entreprise et les activités professionnelles antérieures généralement ont une relation profonde, donc il ne s’agit pas d’une rupture négative ; ceci peut jouer un rôle important dans la croissance et la réussite de l’entreprise.

LE PROFIL DES ENTREPRISES CREEES ET/OU DIRIGEES PAR LES FEMMES EN COTE D’IVOIRE

Les entreprises créées et dirigées par des femmes, quant à leur effectif et à leur chiffre d’affaires, sont généralement de plus petite taille, elles sont plus récentes et se situent dans des secteurs d’activités traditionnels, soit les services, le commerce de détail, la restauration et l’hôtellerie.

La taille
Les entreprises détenues par les femmes entrepreneurs ivoiriennes sont souvent plus récentes (donc plus jeunes) que celles des hommes. Ces entreprises ont moins d’employés et des revenus inférieurs, par rapport à leurs homologues masculins.
L’analyse de l’entrepreneuriat féminin en Côte d’Ivoire nous met devant (majoritairement) des TPE et des micro-entreprises puisque la majorité des femmes travaillent toutes seules ou bien elles ont entre 01 et 10 salariés.
Cependant, cette caractéristique de taille, n’est pas liée au fait que l’entreprise soit gérées par une femme mais au secteur d’activité et au niveau de formation de l’entrepreneur. Ainsi une entreprise dans le secteur des services engagera moins de personnes qu’une entreprise dans le secteur industriel.

L’âge
Une étude effectuée par l’APCE montre, que les entreprises créées par les femmes sont plus petites et moins pérennes que celles créées par les hommes, 79% des créatrices n’avaient aucun salarié à plein temps au démarrage, contre 76% des hommes. Trois ans et demi après la création, l’écart se creuse puisque 71% des créatrices n’ont toujours pas de salarié, tandis que les créateurs ne sont plus que 59%.

Les formes juridiques
Juridiquement, la constitution de société est beaucoup plus rare chez les femmes ; elles préfèrent demeurer propriétaire unique, contrairement aux hommes. Elles optent plus souvent pour le statut indépendant (personne physique) que pour la constitution en société (personne morale)

Le secteur d’activité
HIRSCH et PETERS indiquent dans leur œuvre : Entreprendre au féminin : une réalité multiple et des attentes différenciés que «La nature de l’activité exercée diffère selon que l’entreprise est créée par un homme ou une femme ».
En Côte d’Ivoire les femmes ont tendance à créer des entreprises dans les domaines liés aux services tels que le commerce de détail, production et vente de produits vivriers, les services éducatifs et le conseil et l’artisanal alors que les hommes sont plus tôt portés vers l’industrie, la construction et l’immobilier. Les entreprises appartenant aux femmes sont souvent plus petites et leur bénéfice net inférieur à cause de la nature d’activité qu’elles exercent.

On peut donc observer la prédominance du secteur du secteur tertiaire dans la création par les femmes, qui influence directement le taux de pérennité de leurs entreprises.

Toutefois, il faut signaler que, depuis peu, les femmes ivoiriennes titulaires d’un diplôme égal ou supérieur à BAC + 3 investissent le secteur des services aux entreprises.

L’étendue de l’activité
En terme de l’interaction de leurs entreprises avec les marchés extérieurs, les femmes prennent aussi le risque de rechercher de nouveaux consommateurs, et ce en se basant sur des campagnes publicitaires, qui peut à leurs avis, apporter un succès réel mais aussi de nouveaux investisseurs, sans pour autant demander des investissements en communication lourd que la structure ne peut pas supporter.

Les entreprises créées par les femmes ont dans la grande majorité des cas une activité locale ou nationale. La présence d’entreprises ayant une activité internationale reste négligeable. Mais dans certains cas la plupart des entreprises ne sont pas tout à fait des PME, on constate une hybride qui a certaines caractéristiques de la PME et de CE.

Nous notons principalement que les entreprises créées par les femmes ivoiriennes ont une plus forte proportion d’entreprises ayant une activité locale plutôt que nationale.

LES PROBLEMES AUXQUELS FONT FACE LES FEMMES ENTREPRENEURS IVOIRIENNES

Les femmes entrepreneurs font face à différents obstacles tout au long de leurs parcours. Parmi ces obstacles, nous pouvons citer :

- La discrimination systématique inhérente à leur condition de femme,

- Un difficile accès au financement et des conditions de crédits très peu avantageuses,

- La crédibilité de ces femmes est souvent mise à l’épreuve à l’extérieur de leur entreprise lors des relations avec les institutions ou certains partenaires.

Le problème de financement
On connait l’importance du financement dans le développement des PME, que ce soit au stade du démarrage, de la consolidation des activités de l’entreprise ou de la croissance de celle-ci.

Trois éléments semblent profondément marquer l’activité des entreprises créée par les femmes qui sont majoritairement très petites entreprises.
Ces éléments peuvent expliquer la réticence des organismes financiers et de crédit.

- La sous-évaluation des besoins de trésorerie de départ et la persistance de difficultés financières, parfois très longtemps après la création

- L’expression du rôle central des banques,

- L’expression du fort désir d’indépendance et d’autonomie des entrepreneurs

Quant la situation financière de leur entreprise se dégrade, la banque, partenaire initial, peut devenir hostile et même faire déposer le bilan plutôt que d’aider à franchir un cap difficile.

Le problème de la formation
Le besoin de formation est ressenti comme très utile, notamment quand elle porte sur des concepts techniques précis et immédiatement opérationnels.

L’identification préalable des besoins en fonction des groupes de femmes et leurs projets, paraît comme un passage incontournable pour la réussite.

Des formations actions, alliant formation et conseil, seraient appropriées.

Toutefois des formations à la conduite de l’entreprise et au rôle du dirigeant, utilisant les échanges d’expérience, semblent être jugées importantes par certain groupement de femmes, ceci dans la perspective de renforcer les capacités à entreprendre.

Pour réussir ces types de formations, il convient d’utiliser les méthodes adaptées. Celles-ci doivent tenir compte du contexte dans lequel vivent ces femmes et des caractéristiques des apprenantes souvent non lettrées et adultes. Par ailleurs, il est indispensable de concevoir des programmes de formation participative qui fassent ressortir l’objectif général et les objectifs spécifiques par thème ainsi que l’intérêt de la formation pour les apprenants.

En somme nous pouvons retenir que de nombreuses études empiriques ont enrichi notre connaissance sur les caractéristiques démographiques des femmes entrepreneurs, leur famille, leur expérience professionnelle et leur formation, leur motivation pour créer une entreprise et les problèmes qu’elles rencontrent. Mes ces études concernent surtout les pays développés.
A travers ces recherches documentaires, il ressort qu’il existe quelques différences significatives entre femmes entrepreneurs en occident et en Afrique particulièrement en Côte d’Ivoire. Ces différences ne sont-elles pas liées au contexte socioculturel ?

KONANDE

21:14 Écrit par innovationcotedivoire dans Esprit économique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : entrepreneuriat, entreprise, lutte contre la pauvreté, commerce, monde, afrique côte d'ivoire, abidjan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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