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29 juillet 2011

TEMOIGNAGE : ENTRETIEN AVEC UNE PASSIONNEE D’ENTREPRENEURIAT

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apce 1.gifSandra Le Grand
CV : Après avoir effectué des études de gestion et marketing et obtenu un diplôme de l'IAE Paris, Sandra Le Grand a étendu ses compétences en occupant différents postes dans le groupe Coca-Cola :
- négociatrice grands comptes,
- responsable du développement des ventes,
- manager d'une équipe de vente en grande distribution,
- responsable channel marketing, …
Elle est aujourd'hui présidente fondatrice de la société Canalce, leader français des prestations de service et de loisirs aux comités d'entreprises, société qu'elle a créée en 2000 à l'âge de 34 ans.
Elle est auteur du livre "Entreprendre : un peu, beaucoup, passionnément", paru en septembre 2010 aux Editions Télémaque.

Interview :

Sandra Le Grand, on connait votre passion de l'entrepreneuriat. Comment est-elle venue ?

A l'issue de mes études, j'ai eu la chance d'occuper des fonctions qui m'ont permis de développer un esprit entrepreneurial. Chez McDonald's, par exemple, j'ai aidé au lancement des "anniversaires enfants". Une expérience formidable qui m'a initiée au montage de projets. Et puis surtout j'ai intégré le groupe Coca-Cola où l'on m'a confié le lancement complet de deux opérations importantes : le développement des "comptoirs confiserie" dans les cinémas et la pénétration des distributeurs de boissons dans les entreprises. J'ai ainsi eu l'occasion de faire de l'intraprenariat : j'avais la confiance de mes managers, j'étais autonome, je gérais les projets de A à Z et traitais tous les aspects allant du financement jusqu'à la mise en œuvre et le suivi. Ces expériences m'ont apporté quelque chose d'inestimable : la confiance en soi. Je m'étais prouvé que j'étais capable de faire des choses par moi-même !

C'est à ce moment que vous avez décidé de créer Canalce ?

Oui, les missions qui m'ont été confiées chez Coca-Cola m'ont amenée à me rapprocher des comités d'entreprises, car ce sont eux qui décident généralement de mettre en place des distributeurs de boissons. Je me suis alors rendu compte de la difficulté d'entrer en communication avec eux pour leur proposer des produits en direct. J'ai donc commencé à m'intéresser de près au sujet et à étudier leur fonctionnement, leurs responsabilités, leurs prérogatives…
Nous étions dans les années 2000 et l'ère internet battait son plein. J'ai alors eu l'idée de monter une plateforme internet de services et de produits pour les CE et pour les salariés qui en sont les bénéficiaires. Un mode de distribution innovant mettant en relation les CE et salariés d'un côté et des prestataires et producteurs de l'autre, avec toute la dynamique que j'avais appris chez Coca-cola pour développer une activité : études marketing, technologique, actions commerciales, merchandising… et beaucoup d'énergie !

C'était le début des 35 heures… l'époque était favorable !

Tout à fait ! Les salariés aspiraient à voyager, à se divertir, à se cultiver… le marché était là !
Vous savez, créer une société, ce n'est pas forcément avec "l'idée du siècle" que personne n'a eue ! C'est à mon sens plutôt saisir une opportunité de marché et trouver des mécaniques intelligentes, des modes de distribution novateurs pour pénétrer ce marché.
N'importe quelle idée peut être une bonne idée si vous savez l'exécuter !

Quitter un emploi stable et passionnant, cela n'a pas été trop difficile ?

Il est vrai que partir d'un grand groupe avec tous les avantages qui y sont associés (salaire fixe, 13ème mois, primes, intéressement, participation, voiture de fonction, mutuelle, congés payés, …) peut faire réfléchir.
Cependant j'avais cette graine entrepreneuriale en moi, que j'ai fait fructifier par des expériences variées. Internet a été le déclencheur, je me suis dit : c'est l'opportunité pour me lancer ! J'avais 34 ans et je me sentais prête pour y arriver.
Pour le financement de mon projet, j'ai fait appel à des business-angels. J'ai exclu l'idée de recourir à des financements exclusivement bancaires qui m'auraient conduit à donner en garantie mon patrimoine personnel. A ce niveau, les années 2000 ont été révolutionnaires !
Petit à petit, j'ai retrouvé une nouvelle famille entrepreneuriale qui m'a été très utile, car lorsque l'on quitte un emploi salarié, on se retrouve en quelque sorte "orphelin" : plus de reporting à faire, plus de manager pour valider une décision ou donner un avis, …
Pour compenser ce manque, j'ai rencontré beaucoup d'entrepreneurs par l'intermédiaire de clubs, d'associations, de réseaux divers, dans des commissions, des groupes de réflexion, …
Je suis une militante des réseaux car c'est un moyen formidable pour échanger, partager, trouver des solutions, se rassurer. Cela donne une force incroyable !

Cette force, vous n'hésitez pas vous-même à la communiquer !

Effectivement. J'ai monté une entreprise qui est devenue, en 10 ans, leader dans son domaine, avec 100 salariés et 40 millions d'euros de chiffre d'affaires. Si j'y suis arrivée, c'est parce que j'allais plus vite, et cela notamment grâce aux réseaux. J'ai appris beaucoup de choses durant ces 10 années : la gestion de la trésorerie (bas de bilan), les relations avec les business-angels, les tours de table de financement (haut de bilan), le marketing, le choix des prestataires, des partenaires, etc.
A mon tour, j'aime partager cette expérience en intervenant dans des tables rondes et conférences, en répondant aux questions de journalistes et de créateurs et tout récemment en racontant mon parcours dans un livre.

On entend souvent qu'il est plus difficile de créer lorsque l'on est une femme. Qu'en pensez-vous ?

Je suis plutôt "supporter" de l'idée inverse. Il n'est pas plus difficile de créer une entreprise lorsque l'on est une femme. J'accorde à la femme un certain nombre de qualités, qui font qu'elle a, à mon sens, autant de chances qu'un homme de réussir et de développer son entreprise.
En revanche, il peut y avoir des freins d'ordre psychologique que les femmes se mettent elles-mêmes. Elles imaginent souvent que le fait de devenir entrepreneur va déstructurer leur vie familiale. Et cette crainte peut se ressentir dans leurs entretiens de recherche de financements ou d'associés par exemple. Si elles ne sont pas sereines sur le sujet, cela se ressent forcément. Je pense donc que pour certaines femmes qui portent un projet de création ou de reprise d'entreprise, un travail sur elle préalable serait bénéfique pour mettre en évidence tous les avantages et satisfactions qu'elles retireront de leur projet, pour se fixer des règles d'organisation et ne pas se focaliser sur les risques et possibilités de dérapage.

A ce propos, comment arrivez-vous, vous-même, à concilier vie professionnelle et vie personnelle ?

Lorsque j'ai créé mon entreprise, j'avais un enfant de trois ans et un autre d'un an. Il était naturellement hors de question de les sacrifier. Je me suis donc fixée des règles d'organisation auxquelles je ne déroge pas, par exemple : ne pas travailler le WE, dîner au minimum une fois par semaine en famille, consacrer l'heure du déjeuner du mercredi à mes enfants pour les conduire à leurs activités extrascolaires, ne pas programmer de réunion trop tôt le matin ou trop tard le soir, etc.
Je ne vous dirais pas que c'est facile et que j'ai tout réussi ! Mais le temps que je passe avec mes enfants leur est réservé exclusivement. Ce qui est important pour moi, c'est la qualité de la relation que j'entretiens avec eux. Et pour cela, je n'hésite pas à me faire aider et à déléguer les tâches domestiques qui prennent un temps fou : formalités administratives de toute sorte, ménage, courses, soutien scolaire, …
Il m'arrive naturellement de rapporter du travail et de consulter mes mails à la maison (ce qui me permet de rentrer directement chez moi après une réunion par exemple), mais uniquement après avoir vu les enfants et une fois qu'ils sont au lit !

Vous accordiez tout à l'heure aux femmes un certain nombre d'atouts. Quels sont-ils ?

Nous avons tout d'abord un atout important : notre polyvalence ! Assumant depuis l'enfance un certain nombre de responsabilités sociales et familiales, nous avons développé des aptitudes nous permettant de faire beaucoup de choses à la fois et d'optimiser notre temps. Nous sommes capables de jongler entre le téléphone, les enfants, les courses, la cuisine, l'organisation de dîners, les rendez-vous chez le médecin, le travail, … Or un chef d'entreprise, par définition, doit être polyvalent !
L'empathie est également un atout important pour les femmes, favorisant la communication interne et externe de l'entreprise. Nous sommes capables de nous mettre à la place des gens, d'écouter nos salariés et de résoudre, dans une certaine mesure, leurs problèmes. Nous sommes donc généralement plus enclines à mettre en place des outils permettant de travailler à distance ou à temps partiel par exemple.
Nous aimons fédérer et faire en sorte que les gens s'entendent bien. En ce qui me concerne, je suis très attachée à l'ambiance qui règne dans mon entreprise. Je n'hésite pas à déléguer et fonctionne beaucoup sur la confiance.
Et puis, je pense que les femmes sont courageuses. Nous n'hésitons pas à agir, à dire les choses avec franchise, à affronter les problèmes. C'est un point important qui nous permet de gérer plus facilement les conflits.

Un profil complet !

Tout à fait… sans oublier notre pouvoir de séduction. On en joue, c'est évident, mais intelligemment !

Vous venez de publier "Entreprendre : un peu, beaucoup, passionnément", un livre dans lequel vous vous adressez aux "femmes d'entreprise". Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Créer et diriger une entreprise, c'est une vraie passion. On y est du matin au soir, on y pense tout le temps. C'est un projet de vie !
Ces 10 années que j'ai vécues intensément, pendant lesquelles j'ai construit, développé et appris tant de choses, j'ai eu envie de les raconter, de les partager et d'encourager d'autres femmes à suivre mon exemple.
Beaucoup de femmes entreprennent chaque année mais trop peu développent leur entreprise. Les sociétés de plus de 10 salariés dirigées par des femmes sont rares. Quel dommage !
Mon message dans ce livre c'est de dire aux femmes que "c'est possible" ! Avec de l'énergie, du travail, du positivisme et une énorme envie d'y arriver, rien n'est insurmontable. On peut créer son propre emploi, ce qui est déjà formidable, mais également une entreprise avec un important potentiel de développement. Il n'est pas nécessaire pour cela d'avoir toutes les qualités associées traditionnellement au "profil d'entrepreneur", car on apprend très vite en faisant et en échangeant avec les autres. Ca a été mon cas.

Un livre utile ?

Oui, un livre utile et un livre vrai qui raconte réellement ce qui s'est passé, sans voiler les moments difficiles, tant sur le plan professionnel que personnel, mais en expliquant la façon dont je les ai surmontés.
J'ai tenu à y intégrer quelques recettes et pour cela j'ai fait appel à un coach : Nathalie Ville Grospiron, qui l'a enrichi d'éléments d'analyse, de compréhension de certaines situations et de conseils pratiques pour inviter le lecteur à se poser les bonnes questions mais surtout à comprendre et découvrir sa personnalité, ses émotions, ses valeurs, ses forces et tout le potentiel associé !
Mon souhait le plus sincère : que mon expérience puisse être effectivement utile aux femmes qui se lancent ou qui hésitent encore à se lancer dans cette aventure incroyable et passionnante qu'est la création d'entreprise !

Propos recueillis en septembre 2010 par Laurence Piganeau de APCE (Agence Pour la Création d'Entreprise)

01:49 Écrit par innovationcotedivoire dans Entrepreneurs en action | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : entrepreneuriat, entreprise, lutte contre la pauvreté, commerce, monde, afrique côte d'ivoire, abidjan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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