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24 août 2011

ESPRIT ECONOMIQUE : L’entrepreneur, d’une approche par la personnalité à une approche privilégiant les Compétences clés

DRAPEAU CI.jpgENTRE 1.jpgEsprit économique est une analyse d’informations économiques (résultats de nos lectures et de nos recherches documentaires).
Le thème d’aujourd’hui est : L’entrepreneur, d’une approche par la personnalité à une approche privilégiant les Compétences clés
Il faut noter que depuis longtemps, l’entreprise est un objet d’enseignement dans tous les programmes d’économie-gestion, à tous les niveaux. Que ce soit par une approche juridique, économique ou en management ; de nombreux décodages sont possibles et la littérature est fournie dans le domaine.
Il s’agit ici de se focaliser sur l’entrepreneur et de chercher à le caractériser. La recherche en management présente plusieurs pistes à ce sujet, les plus récentes définissant les contours d’un véritable métier.
Mais les chercheurs ont d’abord posé l’hypothèse de traits de personnalité particuliers, l’approche qui s’est avérée incomplète et peu pertinente même si elle existe encore, qui a cédé la place à une réflexion sur le métier, pour conduire à l’émergence d’un référentiel de compétences.

1. L’analyse des statistiques et études sur la création d’entreprise

Dans une étude de Janvier 2010, l’INSEE (Institut national de la Statistique et des Etudes Economiques) (une structure française) a cherché à analyser le développement d’entreprises créées en 2002 et à isoler les facteurs de réussite ou d’échec.
Sur 215 000 entreprises créées en 2002, la moitié existe toujours cinq ans après.

On peut donc constater d'une part que la mortalité des entreprises jeunes est réelle mais également que la pérennité de certaines entreprises est possible.
Si, d'après les experts, les conditions de mise en oeuvre du projet sont fondamentales, le profil du créateur est quand même un facteur qui entre en compte dans la réussite et la pérennité de l'entreprise.

Ainsi, on peut se demander en quoi ce profil favorise ou au contraire gêne le développement de l'entreprise.
L'INSEE a identifié comme facteur déterminant l'expérience professionnelle et le diplôme d’origine de l'entrepreneur.
La motivation, et plus particulièrement l’obligation de créer un emploi, sont également mises en avant, car elle permet de donner plus de chance de passer la première année que les autres raisons de création.
On peut également relever l’âge comme facteur limitant le développement de l'entreprise car les entreprises créées par les personnes de moins de 30 ans franchissent moins souvent le cap des cinq ans (46 %).
Les créateurs seraient donc plutôt des hommes, de plus de 30 ans, relativement diplômés et assez expérimentés.

Mais si ce profil pourrait convenir à certains observateurs il ne résiste pas à une analyse plus fine des raisons ayant poussé à créer une entreprise.
L'INSEE, dans son enquête de 2006, relève l'esprit d'indépendance, mais également l'opportunité de création et le désir d'affronter de nouveaux défis.

Réduire le caractère de l'entrepreneur à ces simples caractéristiques serait réducteur mais c’est souvent ce qui est retenu lorsqu’on tente une première approche de l’entrepreneuriat.

Dans une contribution imposante, Verstraete et Saporta ont tracé le profil des entrepreneurs et cherché à expliquer la création d’entreprise (« création d’entreprise et entrepreneuriat » aux éditions de l’ADREG en 2006) ; On retrouve les mêmes résultats que dans l’enquête de l’INSEE, mais avec une plus grande finesse d’analyse.

Ils reprennent la notion de capital social pour expliquer la provenance plus fréquente d’entrepreneurs dans des milieux où l’on constate la présence d’entrepreneurs.
Ils insistent également sur la sous représentation des femmes, en la relativisant, car elle ne montre pas de différence de profil mais plutôt des secteurs de prédilection plus restreints que les hommes (beaucoup de créations de femmes dans les services à la personne).

Enfin, ils montrent bien l’impact des dispositifs légaux sur la création, que ce soit des incitations ou des simplifications légales (SARL à un euro par exemple).

Quant à leur approche du profil des créateurs, ils présentent une revue de littérature des critères de segmentation extrêmement intéressante. On y retrouve principalement les motivations, mais aussi les traits cognitifs, ainsi que l’expérience antérieure.

En allant plus loin, la recherche en management propose de véritables théories qui ont d’abord essayé de montrer qu’il existerait un véritable profil d’entrepreneur, modélisable à travers un ensemble de traits de caractères.

2. La mise en avant d’un corpus de traits de caractères…

L’émergence du concept d’entrepreneur, peut être attribuée à JB Say au 19ème siècle, qui a montré que l’entrepreneur était animé d’une idéologie individualiste et d’une volonté d’indépendance.
Plus tard, Schumpeter écrira, en 1935, que l’entrepreneur introduit une « méthode de production nouvelle », en innovant plus qu’en recherchant le gain.
Il incarne le parti de l’innovation, est énergique et aventurier, car il sort des sentiers battus et doit vaincre toutes sortes de résistances.

Un premier mouvement d’identification des entrepreneurs a consisté à élaborer des typologies pour les classer et en décrire les principaux traits.

Louis-Jacques Filion a cherché à les recenser, pour en trouver une dizaine ! Ainsi, Laufer présente 4 types d’entrepreneurs (1975):
 l’innovateur,
 celui orienté croissance,
 celui orienté efficacité
 et l’artisan

Toujours dans les années 70, Miles et Snow identifie 4 types (1978) :
 le prospecteur,
 l’innovateur,
 le suiveur
 et le réacteur.

La plus connue est française, tirée de l’analyse de Marchesnay (1987 et 1996) qui distingue les PIC (pérennité, indépendance, croissance) et les CAP (croissance forte, autonomie, peu de pérennité).

En utilisant le modèle des socio-styles, Duchéneaut présente 4 sortes d’entrepreneurs (1999):
 les rebelles,
 les matures,
 les initiés
 et les débutants

Mais la diversité de ces typologies montrent une perception différente de l’acte entrepreneurial et ne permet pas d’établir la présence de certains traits chez les entrepreneurs que les non entrepreneurs n’auraient pas.

De nombreux chercheurs, la plupart anglo-saxons, se sont alors demandés si on pouvait mettre en avant certains traits de caractères pour expliquer l’entrepreneuriat.

Dans une analyse clinique célèbre, Kets De Vries (1996) insiste sur les traits psychologiques des créateurs, qui seraient littéralement « habités » par leur passé, qui expliquerait la création.
En mettant en avant :
 le goût du sacrifice,
 la recherche de la domination
 et le refus de l’autorité
L’auteur montre que les entrepreneurs seraient « inadaptés » à des environnements codifiés (« struggling with the demons » 2001).

A l’opposé d’une approche déterministe, certains auteurs mettent en avant l’influence d’évènements contraints qui auraient généré la création (notion « d’accident »).
Fayolle (2001) montre que la création permettrait de limiter les risques, comme c’est le cas pour une partie des auto-entrepreneurs à l’heure actuelle.

Même si ce mouvement est contesté, l’approche par les traits est encore d’actualité, principalement au Canada, à travers 2 chercheurs. Jean-Charles Cachon cherche à expliquer l’acte de création à travers un article au titre évocateur : « entrepreneur, pourquoi ? Comment ? Quoi ? ».
A la première question, il présente une réponse intégrant différents vecteurs de motivation ; avec des explications d’ordre social et psychologique. Il rappelle les travaux de Mac Clelland sur le besoin d’accomplissement du créateur (1961), mais aussi le sentiment de contrôle (Rotter, 1964), l’indépendance (Collins et Moore, 1964) et le besoin de prendre des risques (Atkinson, 1957).

Une autre piste évoquée est celle des origines, en particulier de la dynamique familiale et de la présence d’entrepreneurs dans la famille du créateur (Levinson, 1971).

Enfin, l’étude des croyances quant à leur rôle social est également avancée, avec un système de valeurs particulier et une vision dichotomique du monde. Les entrepreneurs seraient des marginaux qui assumeraient leur statut (Bechhofer, 1974).

Dans leur ouvrage : « la réussite des entreprises » (1990), Maul et Mayfied insistent sur l’appétit de la prise de risque qui caractérise les créateurs, mais également sur la recherche de la liberté, l’optimisme et la nécessité de travailler dur.

Jean-Pierre Bozek, dans un ouvrage récent (« coachez les entrepreneurs » chez Eyrolles en 2008) avance la piste des circonstances qui façonnent l’entrepreneur mais aussi des permissions qu’il se donne et de son expérience antérieure.

L’entrepreneuriat ne serait pas un processus linéaire mais bien oscillant, avec des hauts et des bas, assumés par le créateur.

L’approche la plus solide reste sans conteste celle de Gassé, au Canada, à l’université Laval. Il a testé 2000 entrepreneurs pour évaluer et classer les principales caractéristiques des entrepreneurs.

Il trouve 10 caractéristiques principales qu’il classe en 3 dimensions :
 la motivation,
 les aptitudes
 et les attitudes.

Il construit ainsi un modèle expliquant l’entrepreneuriat à travers 5 pôles :
 les antécédents (le passé de la personne et son histoire),
 les motivations (le besoin de réalisation, les défis et l’indépendance),
 les aptitudes (compétences latentes qui se développeraient à la création),
 les attitudes (prises de position conscientes ou non, influencées par les perceptions)
 et les comportements réels (savoir être).

Le test MACE (motivation/aptitude/comportement entrepreneurial) permettrait de détecter les entrepreneurs potentiels. Il est une sorte de miroir des forces et faiblesses et posséderait un caractère prédictif élevé quant à la pérennité de l’entreprise.

Un autre test reprend le même type de protocole (test ICE, « inventaire des caractéristiques entrepreneuriales »). Pour résumer la position de Gassé, on pourrait présenter l’entrepreneur comme motivé par la réalisation et la réussite, mais aussi l’autonomie et la liberté ainsi que la réputation et la reconnaissance.
Ses aptitudes principales seraient la confiance en soi, l’enthousiasme, la persévérance mais aussi le flair et la créativité.
Enfin, ses attitudes privilégiées seraient une orientation vers l’action, la croyance de pouvoir influencer les évènements et la nécessité de prendre des risques.
Même si ce profil peut servir de base à des tests, on peut se demander s’il est suffisant pour expliquer la création dans son ensemble.

3. l’échec d’une généralisation du modèle

L’approche basée sur la personnalité peut être résumée par l’équation suivante : succès entrepreneurial = (f) personnalité.

Ce sont surtout les années 60 qui regorgent de recherches sur ce thème, on en a recensé presque une centaine en tout, qui se prolongent avec les travaux du professeur Gassé au Canada, dans les années 2000.
Mais ces résultats sont mitigés car ils mettent en corrélation les traits de personnalité, la motivation et les performances de l’entrepreneur.
Ils ne permettent pas de mettre en avant la réussite des entrepreneurs dotés de ces traits par rapport aux autres.
Lorrain et Dussault démontrent (1988) que les traits de personnalité ne discriminent pas les entrepreneurs à succès de ceux à échec, dans une étude réalisée sur des entreprises 3 ans après leur création. Il existerait bien des prédispositions à la création mais celles-ci deviendraient moins utiles par la suite, pour assurer la pérennité de l’entreprise (Belley, 1994).
Gartner propose d’abandonner les recherches sur ce thème et de se tourner vers d’autres pistes (1988).

Un nouveau courant émerge alors dans les années 90, que l’on peut appeler approche basée sur les comportements.

Chandler et Jansen (1992), Heron et Robinson (1993) se tournent vers les compétences comme vecteur de la performance.
D’après eux, la compétence serait plus pertinente pour expliquer la pérennité, l’approche par les déterminants psychologiques montrant trop de limites. On peut également préciser qu’il est difficile d’intégrer les compétences comportementales, ou savoir être (Sandra Bellier, 2000) comme vecteurs pertinents de la performance, ou alors il faut les redéfinir.

En effet, trop d’analyses se sont focalisées sur des comportements du type : « charisme, assurance, présence, honnêteté, loyauté », qui, s’ils sont importants, ne peuvent apporter de valeur prédictive quant à la performance.
C’est sur ce courant que se sont appuyés de nombreux journalistes ou entrepreneurs américains pour stigmatiser « l’esprit d’entreprise », présent dans les « success stories », mais qui ne peut constituer un élément à l’appui d’une recherche sérieuse sur la réussite de l’entrepreneur.

KONANDE

19:04 Écrit par innovationcotedivoire dans Esprit économique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : entrepreneuriat, entreprise, lutte contre la pauvreté, commerce, monde, afrique côte d'ivoire, abidjan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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